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Film britannique réalisé par John Crowley en 2007.
Scénario de Mark O'Rowe (d'après l'½uvre de Jonathan Trigell).
Avec Andrew Garfield, Peter Mullan, Katie Lyons & Shaun Evans.
Prix du jury ½cuménique au festival du film international de Berlin 2008.
Hitchcock d'or et d'argent, prix du public et prix de la meilleure photographie au festival du film britannique de Dinard 2008
Bafta 2008 du meilleur acteur pour Andrew Garfield, du meilleur réalisateur pour John Crowley, du meilleur montage et de la meilleur photographie.
A 24 ans, Jack sort de prison où il a passé toute son adolescence pour un meurtre qu'il a commis lorsqu'il était enfant.
Dès sa libération, Terry, assistant social, l'emmène le plus loin possible de ce scandale encore présent dans tous les esprits. Terry lui donne un autre nom, lui trouve un travail, une maison. Dans cette ville d'Angleterre qu'il ne connait pas, Jack se construit une nouvelle vie à laquelle il tente de se tenir. Mais si l'anonymat est un répit, il est aussi une douloureuse contrainte puisque Jack ne peut révéler à ses nouveaux collègues ou amis, et à la fille dont il tombe amoureux, la vraie nature de son passé.
Jusqu'au jour où, par hasard, Jack devient un héros local et que sa photo apparaît à la Une des quotidiens...
Boy A est l'histoire d'un homme et d'un garçon qui sont complètements différents mais qui constituent une seule et même personne, l'un étant le passé de l'autre. Il y a douze ans, le jeune Éric Wilson fut condamné à une peine de prison pour le meurtre, dans des conditions atroces, d'une jeune fille.
Le film commence par la sortie de prison de ce jeune homme de désormais 24 ans, et qui fait table rase de son passé pour repartir à zéro. Il s'appelle désormais Jack Burridge et va pouvoir renaitre et se créer une nouvelle vie.
Cette renaissance est mise en valeur par les effets de montage du début, image blanche comme immaculée et succession d'images de Jack avec son tuteur. Jack est un personnage très étrange, mi-homme mi-enfant, qui découvre ce que le monde est devenu et qui veut redécouvrir les plaisirs simples de la vie. Il est bien évident que personne ne doit savoir la vérité sur son passé : le petit garçon qu'il était est mort et Jack Burridge est donc un individu en construction. Andrew Garfield qui interprète Jack est d'ailleurs excellent dans le rôle d'un adulte qui n'a pas évolué comme les autres adultes, puisqu'il a passé toute son adolescence (c'est-à-dire la période où l'on se construit en tant qu'homme aussi bien physiquement que mentalement.) en prison. On parvient à comprendre que Jack est quelqu'un de très fragile, vulnérable, rêveur et qu'il a gardé un peu d'innocence de l'enfance.
En outre, le tuteur interprété avec beaucoup de talent par Peter Mullan s'impose comme un père pour Jack, son guide dans ce voyage initiatique à la recherche d'une stabilité et d'une nouvelle vie. C'est ainsi le père qu'Éric n'a jamais eu.
La vulnérabilité, l'innocence et la fragilité de Jack atteignent leur paroxysme quand il fait l'amour avec sa petite amie, et où l'on sent toute la fragilité de l'individu. De plus, cette scène est filmé de manière très intimiste, avec sensualité, discrétion, toute en pudeur, mais en ne perdant rien de son intensité.
La photographie est superbe car elle traduit le malaise du personnage principal. Elle est sobre, un tantinet austère et grisonnante, comme l'Angleterre. En outre, le montage du film est très intéressant car il distille des éléments du passé de Jack (donc l'enfance d'Éric Wilson) sous forme de flashbacks au fur et à mesure. On peut ainsi voir que malgré la nouvelle vie de Jack, son passé le hante toujours.
On finit par avoir de la sympathie pour Jack, alors que dans le même temps, il a quand même commis un crime de sang assez atroce. Le film s'intéresse à la reconversion des criminels de sang et pousse le spectateur dans ses derniers retranchements car il éprouve beaucoup de sympathie pour ce jeune homme au passé très difficile. Au fur et à mesure, on finit par faire abstraction de ce passé, jusqu'à ce que les flashbacks viennent rappeler ce qu'il a fait il y a 12 ans.
Cette ambigüité, cette duplicité du personnage principal évite au spectateur d'avoir un avis tranché. Il reste ainsi sur cette ambigüité et remet en question ses convictions. Jack est-il pardonnable? Doit-il toujours être considéré comme un meurtrier après avoir purgé sa peine?
Au fur et à mesure du film, on peut voir Jack évoluer parmi ses collègues de travail et désormais amis. Il défend l'un d'eux lors d'une altercation avec d'autres individus et l'on sent bien dans cette scène que le jeune Éric Wilson a laissé quelques traces à l'intérieur de Jack. C'est toujours cette duplicité, où l'on comprend que le passé de Jack est toujours présent et qu'Éric sommeille encore un peu en lui. D'où cette difficulté pour Jack de vivre dans le mensonge sans en parler à ses amis ou à sa petite amie. Peut-il leur faire confiance, ou non ? Seront-ils toujours ses amis s'il leur révèle son passé obscur ? Ne risque-t-il pas de se mettre en danger ?
Dans le même temps, la presse à scandale apprend que le jeune Eric Wilson, désormais âgé de 24 ans vient d'être libéré de prison. La presse le cherche, sa tête est mise à prix sur Internet. Ce film dénonce aussi le comportement de la presse à scandale, des célèbres « tabloïds » britanniques qui se jettent sur du sensationnel, comme des requins flairent le sang.
Finalement, le fait de faire encore la Une des journaux, de voir la presse à sa recherche, donne l'envie à Jack d'en parler à ses amis ; avec la peur, et non des moindres, que sa sincérité soit confrontée à la fermeture d'esprit de ses amis. Jack est hanté par son passé, torturé par toutes ses incertitudes et finalement supporte mal de vivre dans le mensonge.
Au final, dans le passé de Jack, on comprend pourquoi le jeune Éric a fini par commettre un crime : seul et abandonné de tous, vivant avec des parents qui ne s'occupaient pas de lui, avec une mère qui avait un cancer, maltraité par les jeunes de sa ville. Il fait la rencontre d'un garçon de son âge, Philip. Ce garçon est très instable, maltraité par les membres de sa famille ; ils sont l'un pour l'autre, le seul véritable ami qu'ils n'ont jamais eu. Philip est beaucoup plus violent à l'origine, mais Éric le suit car c'est la première fois qu'il a un ami sur lequel il puisse vraiment compter. Mais on décèle malgré cette violence dans le comportement de Philip, les blessures mentales d'un enfant maltraité et qui devient donc une tête-brulée.
Ce film soulève plusieurs questions essentielles : peut-on donner une seconde chance à des criminels de sang ? Peut-on juger de manière similaire des enfants de 12 ans ? Quel est le poids des circonstances atténuantes dans ce genre d'affaire ?
Finalement ces interrogations restent la plupart non-tranchées, car le film réussi à nous laisser sur l'ambigüité de ce personnage, de son passé et des circonstances du meurtre commis, dont on voit le déroulement dans l'avant-dernière scène. Mais dans le même temps, si Éric a tué ou aidé à tuer une enfant, Jack en sauve une qui a été victime d'un accident de voiture. Cela suffit-il pour autant à racheter son crime antérieur... ?
Boy A est un film poignant, émouvant, qui sait aussi être drôle par moment mais qui reste absolument touchant. Un film comme il en existe peu, car il nous pousse à reconsidérer nos préjugés sur des sujets sensibles sans jamais entrer dans cette facilité de prendre parti pour ou contre un individu, pour ou contre une situation, mais en laissant les faits et les évènements montrer au spectateur que dans des cas complexes comme celui-ci, il n'y a pas de solutions faciles.
Une très belle histoire, un très beau film, qui mérite vraiment d'être vu par le plus grand nombre.
9,5/10
